“La laïcité doit-elle conduire à bouter les religions hors de l’espace public ?”
Voilà la question à laquelle j’ai été invitée à répondre par Nicolas, qui a lancé une chaîne sur Partageons mon avis (voir à ce propos ma note d’hier “Un peu taguée aux entournures…“).
“La laïcité doit-elle conduire à bouter les religions hors de l’espace public ?“… J’ai comme un souvenir de lycée, quand je lis çà. Genre, vous avez trois heures, laissez les copies sur le bureau en partant.
La réponse pour moi est évidente, et j’aurais pu faire une pirouette et répondre en un mot.
Mais j’ai souhaité jouer pleinement le jeu, en profitant de cette occasion qui m’est donnée pour exprimer un point de vue personnel sur un sujet qui n’est pas le blogging.
A vous de voir si vous avez envie d’en savoir un peu plus sur les opinions de See Mee !
— Laïcité : tolérance ou intolérance ?
Ce qui me frappe tout d’abord, c’est que cette notion de laïcité ne va pas de soi. Voyez l’usage contradictoire que l’on en fait. Au nom de la laïcité, il se revendique des choix diamétralement opposées : la disparition de tout signe religieux dans l’espace public aussi bien que le droit de les arborer avec ostentation, par exemple.
Personnellement, j’ai été éduquée en pure athée, mais pour autant je n’ai pas de rejet pour ce qui est religieux.
Par exemple, j’apprécie la beauté de créations (monuments, musique, peinture…) motivées par la foi. Il ne me gêne pas de voir des signes religieux portés par les personnes que je croise ou que je côtoie. Et je suis souvent déconcertée par les peurs de ceux qui se sentent “envahis” par des “étrangers” aux convictions et aux coutumes différentes.
Je pense respecter les croyances des autres, parfois j’essaie de comprendre ce qui peut les motiver, le plus souvent je les accepte telles qu’elles, sans trop me poser de question.
Pourtant, il y a des fois où l’irruption intempestive du religieux me fait tiquer (je suis fille de laïcards, parfois ça transpire) :
Par exemple, je grince des dents quand je vois ma municipalité accorder autant de subventions à l’école catholique du coin, ou rénover en priorité l’église, alors qu’il y aurait tant d’autres choses à faire. J’ai pu aussi être gênée face à certaines irruptions du religieux, comme quand j’ai vu ces 4 serveuses voilées sur leur lieu de travail (dans un MacDo, en Australie). Et sans doute suis-je moi aussi sujette à des catalogages maladroits vis-à-vis de ceux qui ne partagent pas ma culture et mon agnosticisme.
J’essaye de gérer mes contradictions en refusant d’avoir une vision primaire, en reconnaissant la légitimité de la pensée ou des usages des autres. Je relativise, quoi, j’évite les procès d’intention, et je crois que l’on se porterait mieux à être plus tolérant et curieux de nos différences.
— Une place dans le “vivre ensemble”
Ceci dit, ne croyez pas que je veuille passer pour une béni-ouioui du laïque : je ne pense pas que tout a la même valeur et que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.
J’ai l’impression que, si on lui lâche la bride, le religieux ne demande qu’à s’installer confortablement dans nos vies, et tend parfois vers l’imposition (brutale ou insidieuse) de ses propres valeurs au détriment de la diversité de pensée. Bien vite cela peut consister à imposer aussi des rites, des comportements, à placer de nouvelles normes qui restreignent les libertés.
Je ne pense pas que “tout se vaut” et qu’au nom d’une prétendue égalité de traitement il faudrait ouvrir royalement la porte à des gens qui croient qu’ils détiennent la vérité et veulent l’imposer à tous (je pense par exemple au créationnisme qui s’incruste salement dans l’enseignement de l’histoire du vivant aux US).
Je pense salutaire pour le “vivre ensemble” que le religieux n’envahisse pas l’espace public, et surtout qu’il – ou l’une d’entre les religions – ne s’impose pas à tous comme allant de soi (genre l’investiture américaine qui fait jurer les présidents sur la bible, chose qui m’a toujours allucinée). Ce qui semblerait ainsi ”aller de soi” est bien une construction culturelle, psychologique, qui peut donc être questionné.
Néanmoins, je crois fermement que l’on doit accorder aux religions un droit fondamental d’exister, que l’on doit donner à toutes les fois un droit équivalent d’être éprouvées, exprimées et pratiquées, et que l’on n’entrave pas leur capacité à toucher leurs ouailles. La puissance publique a la responsabilité de maintenir ces droits coûte que coûte… mais sans perdre de vue que c’est au nom du “vivre ensemble”. Afin que toutes les libertés puissent exister, dans leur diversité, mais aussi avec leurs lots de compromis.
— Le respect de certains principes
En échange, les religions se doivent de respecter elles aussi le pacte laïque.
Je n’ai pas de références théoriques, mais je dirais que cela représente pour moi ceci : elles ne doivent en aucun cas s’imposer comme une norme absolue, elles doivent se manifester avec modération, elles doivent respecter les us et coutumes de l’environnement culturel qui les accueille, elles doivent s’imposer la même tolérance que celle qu’elles sont en droit d’attendre.
Et j’ajouterais que la puissance publique n’a pas pour mission d’entretenir les institutions religieuses. Simplement, elle peut, à l’occasion, tenir compte des besoins sociaux de toutes les catégories de citoyens et prendre des mesures pour maintenir le droit de pratiquer sa religion, par exemple en autorisant la construction de lieux de cultes.
Le problème est de trouver un juste équilibre dans cette régulation. De savoir où placer le curseur, entre le maintien des droits des religions et de leurs pratiquants, et la préservation d’une certaine neutralité qui garantisse justement la coexistence d’une telle diversité de conceptions de la vie, de valeurs, d’expressions et d’usages.
— Comment guider son jugement ?
Pas facile. J’avoue que sur ces questions, quand on me demande mon opinion, je me laisse aller à mon instinct et à ce que j’ai compris des tenants et aboutissants de la situation (et si je ne les possède pas, je me garde d’avoir une position toute faite). J’aurais bien du mal à faire des généralités, à ériger plus avant de grands principes… et encore plus à être législateur, c’est à dire à avoir une position tranchée, à établir quelle doit être la conduite imposée à tous.
Moi, ce qui me préoccupe surtout, c’est que l’on ne néglige pas (en tout cas moins qu’en ce moment) les valeurs et exigences du vivre ensemble. Que l’on encourage à réfléchir avant de juger. Que l’on donne des outils (la connaissance de l’histoire, notamment) pour mesurer les enjeux du fait religieux dans la société. Que l’on favorise un débat sain, non biaisé par des intérêts idéologiques ou économiques ou bêtement stratégiques. Que l’on en finisse avec le goût des clivages et l’instinct des boucs émissaires.
Bref, que l’on s’occupe un peu plus d’éducation !
En refusant le prêt-à-penser même si ce n’est pas facile, en transmettant des valeurs universelles qui donneront à chaque citoyen adulte les moyens de se construire des opinions éclairées.
Éduquer en se donnant ces priorités : développer la capacité de penser par soi-même, garantir la liberté de s’exprimer, encourager à faire ses choix dans un esprit de tolérance.
Éduquer pour combattre nos instincts primaires, pour que nous en finissions avec cette peur de l’autre qui s’accroche à notre cortex !
Parce que notre citoyenneté s’enrichit des identités multiples de notre société, pour peu que tout un chacun y mette du sien. Le jour où tout le monde trouvera cela évident, la laïcité acqsuièrera peut-être (enfin) un sens partagé.
* * * * *
Voilà ce que j’en dis, mais ça vaut c’que ça vaut…
J’ai évité de lire Wikipédia, sinon je n’aurais rien écrit, mais maintenant on peut aussi aller y faire un tour pour creuser la question. Je ne me suis pas obligée à répondre trop directement à la question (je n’ai peut-être pas assez défini la notion d’espace public), mais je m’en fous c’est pas noté !
Et je sais, c’est trop long, mais j’ai essayé d’aller au bout de mon idée (j’ai prévenu que c’était pas facile pour moi, ce genre de réflexion, laborieux, j’aurais du dire).
Et maintenant je passe le relai :
> à Gee Mee, du blog émonyme, qui a toujours un truc intéressant à dire (tu peux publier sur mon blog, si tu penses que cela ne va pas du tout avec ta ligne éditoriale),
> à Oh!, du blog Entre2eaux, car je crois que le sujet l’intéresse (et c’est une occasion de te faire un coucou, car j’ai pas mal délaissé ton blog, ces derniers temps)
> et à Otir, du blog Un jour à la fois, car je suis certaine que ma nouvelle copine d’Amérique nous enrichira de son regard lointain mais néanmoins toujours vif.
Pfffouououo… j’ai pas comme Nicolas, des masses de copains à qui je peux refiler ce genre de trucs, moi.
Ah si, une dernière chose ! Je ne vais pas taguer Fouad, parce qu’il a publié son premier billet sur le sujet (à ce propos, Fouad, je réitère que le titre, provocateur sans que ce soit évident, risque de rebuter, mais bon tu fais comme tu veux)… Mais je vous invite tout de même à découvrir son blog politique tout neuf.
Edit : j’avais oublié de mentionner que le Chafouin, du blog Pensées d’outre-politique était à l’origine de cette chaîne ! Vous pouvez lire son billet ici.



Laïcité et espace public…
“La laïcité doit-elle conduire à bouter les religions hors de l’espace public ?” Voici une question qui circule de blogue en blogue à la suite du Chafouin qui a lancé le mouvement, et je suis dûment taggée par See Mee de En attendant BlogExpérience…
Merci beaucoup, See Mee, de m’avoir offert cette occasion, sur un sujet qui me passionne toujours. Maintenant que je me suis exécutée, je peux venir lire les contributions fort riches de cette chaîne, – et j’espère que je n’aurais pas à t’en vouloir d’autant veiller que toi si j’y passe toute ma soirée !
J’ai beaucoup aimé ta contribution, je ne vais pas te le cacher, car j’y ressens le même souci de ce que j’appelle “l’inclusion”, toi et moi qui sommes à des points différents sur le spectre de la religiosité ! c’est bien la preuve qu’il y a toujours des points de rencontre, là où les préjugés empêchent de les apercevoir.
Je suis entièrement d’accord sur le fait que l’éducation est une clef primordiale. J’en parle le plus possible chez moi, car si elle concerne en premier lieu bien sûr, l’éducation publique – et nationale en France – et concerne aussi les adultes, une forme d’éducation à la différence (le mot “diversité” serait meilleur peut-être mais est-il toujours bien compris ?) est vraiment nécessaire à mon sens.
Je pourrais sûrement continuer et laisser un commentaire aussi long que nos billets respectifs ! mais j’ai dit que je m’apprêtais à aller glâner aux champs des autres billets sur le thème.
(Pour le serment main sur la Bible, dis toi que l’étonnement est du même ordre dans l’autre sens que les Français doivent s’assurer de l’expression de leurs salutations distinguées et autres formules délicieusement surranées et encombrantes…)
@Otir, cela m’intéresse et même me plaît de parler avec des gens qui sont ” à des points différents sur le spectre de la religiosité”.
Pour ce qui est de l’éducation, j’ai pu bénéficier malgré l’incroyance de mes parents d’un encouragement au respect de toutes les croyances et au goût de la diversité. Cela passait notamment par la lecture de livres tel que “Six milliards de visages” (ils étaient 4 milliards à mon époque) dont je recommande la présentation sur ce site et ce blog ou encore celui-ci (avis à ceux qui sont curieux de découvrir des blogs qui traitent des livres pour enfants).
«Éduquer pour combattre nos instincts primaires, pour que nous en finissions avec cette peur de l’autre qui s’accroche à notre cortex !»
Voilà, pour moi, si l’Etat commence à mettre le nez dans le religieux, même pour une belle vision du vivre ensemble et de l’espace partagé, il ne s’en sortira pas. A mes yeux, la foi est un instinct primaire, même si elle s’appuie ensuite sur tout un tas de raisonnements destinés à l’étayer. Je pense que si l’Etat prend ça en charge, il risque d’être très vite accaparé par ces questions sans réponses, qui mènent obligatoirement à problèmes insolubles pour cause d’incompatibilité religieuse.
)
Ma réflexion en est à ce point : que les croyants croient dans leur coin et que nos dirigeants s’occupent des affaires de ce monde-ci !
[Mais c'est heureux, je ne suis pas tagué, ouf !
) ].
@Monsieur Poireau : contente de reprendre nos bavardages chez moi, bienvenue !
On peut tenter d’expliquer la foi sous tous les angles que l’on souhaite (ethno, spycho, sociaux, culturels, historiques ou même politiques), cela n’occulte en rien la légitimité des gens à l’éprouver, ni leur dénie le droit de la pratiquer, enfin je ne crois pas.
Toutefois vues la diversité et les interactions, il est très difficile d’établir une bonne fois pour toute quelle place leur accorder dans la société.
La neutralité de l’État ne peux pas consister à ne rien faire, parce que de toute manière il sera sans cesse sollicité en tant qu’arbitre, sans pouvoir s’y soustraire. Là où je vous rejoins, c’est dans le constat que l’État peut vite être accaparé par des questions difficiles à trancher… ou les gouvernements utiliser les questions religieuses pour détourner notre attention !
Historiquement, si on y regarde de près, la laïcité est née de l’intervention de l’Etat dans les affaires religieuses, afin de lutter justement contre la main-mise politique de l’Eglise jusqu’à la Révolution française. Cela a pris un bon siècle pour en arriver à un modus vivendi qui a fonctionné.
Je crois que le débat sur la laïcité, tel qu’il a été relancé à la fin du vingtième siècle s’est instauré parce que beaucoup ont vu dans l’Islam un nouveau pouvoir politique susceptible de menacer ce statu quo.
Le paradoxe le plus frappant pour moi, vu de l’extérieur, puisque je ne vis plus en France, c’est que les plus ardents à crier au danger islamique sont aussi ceux qui se plaignent que la laïcité les relèguent et les “boutent hors du paysage”, à savoir la droite chrétienne pure et dure.
Les laïcs ne sont après tout que des personnes qui vivent dans le siècle, quelle que soit la religion qu’ils pratiquent en privé.
Maintenant, le rôle de l’Etat est tout de même d’assurer à ses citoyens la paix et la liberté d’expression, y compris celle d’exprimer ses convictions rituelles et religieuses.
Envie de faire quelques observations en passant. Observations étriquées, évidemment, car ma culture générale est limitée, sans parler de celle relative au sujet. Et non, ce n’est pas une perche tendue genre “fishing for compliment”, hein, cela va sans dire. Les observations qui sont gentiment remontées à la surface de mon cerveau en vous lisant étaient, en vrac, celles-là. Les tables de la loi et le monothéisme ont permis à des peuples de vivre de manière policée, de sortir de l’obscurantisme et de promouvoir la vie en société à des humains qui s’éloignaient de leurs instincts en développant leurs réflexions sur ce qu’ils étaient au fond. La religion en ce sens semblait un pas en avant dans la civilisation, une élévation, une dissociation des élans de la bête en lui et de ses pires pulsions. Ainsi donc, quelle que soit la religion à laquelle on adhère et le dogme auquel on croit, la religion ne devrait pas être crainte. Non, c’est l’usage que l’homme en a fait ultérieurement, motivé non pas par l’amour du prochain mais bien par son éternel goût du pouvoir sous toutes ses formes et du lucre. L’envie de domination de l’homme par l’homme, pour les mauvaises raisons a détourné la religion de sa vocation première et bizarrement, a fait d’elle un outil de repression, de domination, d’aliénation… Tout le contraire de sa vocation il me semble. Paradoxe, paradoxe. Alors la laïcité, nouvelle Jeanne, doit-elle bouter hors de l’espace public, les perfides religions ? Je ne suis pas sûre que l’on doive ainsi poser le débat. Mais je ne saurais vous donner la solution…
@Gicerilla : vous avez bien fait de passer, et de nous rappeler que la religion a eu une fonction civilisatrice. On finit par l’oublier, en effet…
Seulement je ne parviens pas à détacher la notion de civilisation de celle de domination.
Même si au départ l’homme est parti d’une logique saine de domination de ses pulsions, de ses peurs, en commençant à se civiliser il a très vite établi des normes de comportement. La domination des pulsions a été codée, voire ritualisée (et pas toujours de manière ragoutante, je pense aux sacrifices), pour faire finalement société, et confier (en théorie) la gestion de la violence à l’État (ou le roi ou l’église).
Il y a simplement eu transfert vers d’autres institutions, mais au fond sous notre verni nous sommes toujours les mêmes animaux à vif, en proie à ces pulsions et contradictions que vous savez si bien décrire dans vos textes !
Pour ce qui est de la question, ce n’est pas moi qui l’ai posée
j’ai juste essayer de contribuer à la réflexion qu’elle soulève, ce qui me donne aussi l’occasion de bénéficier de commentaires très intéressants !
Je ne sais vraiment s’il faut ainsi mettre en opposition la laïcité et la religion, comme si la laïcité était égale à l’absence de religion ou “a-religion”. Une personne laïque n’égale pas une personne athée ou agnostique, c’est une confusion que je vois beaucoup dans les discussions que je parcours. Je ne sais pas trop à quoi est dûe cette confusion.
Je suis laïque, c’est à dire que je n’exerce pas une profession cléricale ou religieuse en soi, et cela ne m’empêche pas d’être pratiquante par ailleurs. Il doit bien exister des religieux professionnels qui ne croient pas (mais ils ne l’admettront pas) ou qui ne croient pas vraiment.
La fonction civilisatrice du sacrifice par cardiectomie chez les Aztèques est indéniable.
On n’avait pas dit “un billet court” ? Bon, je vais lire…
Heu… Le principe d’une chaîne, c’est surtout de faire un lien sur le type qui vous tague… Bon, je vais lire.
@Nicolas : J’ai déjà au moins 4 liens sortants ce mois-ci vers tes blogs.
J’ai fait le lien vers ton invitation à participer à la chaîne dans la note “Un peu taguée aux entournures…” (elle-même liée en préambule) et je ne voulais pas en faire dimuner la valeur. J’ai cru bien faire, mais j’ai peut-être rien compris au nouvel algo du Wikio…
Le principe du chaîne permet même de se passer d’écrire un billet tant qu’il y a des liens
J’ai lu. Le vivre ensemble est-il possible dans un monde non franchement laïc ?
je suis aussi athée, et fille de laïcards comme vous dites, mais à la question “doit-on bouter les religions hors de l’espace public” ma réponse est différente, sans doute parce que j’ai été élevée pendant mon adolescence en Grande-Bretagne, où les signes religieux extérieurs sont légion. J’ai été habituée au minaret de la Mosquée de Regents’ Park, aux turbans des Bobbies Sikh (en lieu du casque traditionnel), aux riches femmes d’Arabie Saoudite à Marks and Spencers couvertes en noir des pieds à la tête avec un masque pour les yeux en train d’acheter de la lingerie fine, etc. etc. je parle de cela il y a trente ans, l’Angleterre a son histoire et pour elle c’était naturel de permettre ces signes religieux publics même pour des fonctionnaires. en France on est très fier de notre laïcité, cela fait partie de son histoire mais elle a été acquise à une époque où la religion avait une influence au coeur de la société. ce n’est plus le cas, alors on pourrait se demander si la laïcité est encore un modèle qui tient compte des transformations de notre époque. ce qui est gênant c’est que ce débat intervient dans une époque de rejet des Musulmans, essentiellement à cause des attentants du 11 septembre (ne nous leurrons pas, dans ce débat sur la laïcité, ce sont eux qui sont visés). il est fort à parier que l’Angleterre n’aurait peut-être pas été aussi tolérante aujourd’hui, à cause de ces mêmes attentats. le danger d’une infiltration des religions au coeur de l’état n’est plus d’actualité, alors que cherche à défendre le modèle de laïcité aujourd’hui? je le vois plus comme un véhicule d’intolérance aujourd’hui que de tolérance. mais c’est mon opinion personnelle et j’apprécie la façon dont vous avez traité le sujet, soucieuse d’éviter les clichés, vous posant vraiment les questions et argumentant de la façon la plus honnête possible.
Je partage le commentaire de Columbine, à savoir que le modèle laïque s’est imposé pour lutter contre la main-mise d’un pouvoir politique qui était entre les mains de l’Eglise, à savoir un corps religieux.
Aujourd’hui, le débat a glissé et ses relents confus donnent vraiment le sentiment désagréable d’un procès d’intention à l’égard des musulmans comme s’ils représentaient (fantasmatiquement) un pouvoir politique actif dans la société française !
J’ai une sensibilité particulière à ce sujet, parce qu’étant juive, je sais comment historiquement ont joué ces sentiments de stigmatisation d’une partie de population sur le fait de son attachement à un groupe donné. C’est très douloureux à voir se répéter les mécanismes, et je pense vraiment que cela vaut la peine d’alerter pour essayer de faire prendre conscience, et de revoir la façon de penser et percevoir.
@See Mee : Je programme la réponse au tag pour le jour du seigneur. Quoi ?
@Columbine : Je vous cite : “Le danger d’une infiltration des religions au cœur de l’État n’est plus d’actualité, alors que cherche à défendre le modèle de laïcité aujourd’hui?”, et j’exprime un avis respectueusement contraire. Notre actuel président n’arrête pas de construire des passerelles vers le religieux, en s’affichant à l’office, en allant jusqu’à proclamer la supériorité morale de l’abbé sur l’instituteur dans son fameux discours de Latran, sans parler des compensations financières que les maires vont devoir assurer au profit des écoles privées dans la réforme de la carte scolaire…
Dans le cas que vous citez Gee Mee, ce ne sont pas les religions qui s’infiltrent au coeur de l’Etat, mais un représentant de l’Etat qui ne respecte pas le principe de discrétion que jusqu’à présent tous les dirigeants – tous chrétiens – avaient scrupuleusement respecté.
Ce n’est donc pas de ce danger “d’infiltration des religions” que vous parlez, mais d’une attitude (que personnellement je trouve déplorable et je ne le cache pas) de Nicolas Sarkozy, qui souffle sur les sentiments plus ou moins conscients anti-musulmans de la population française comme sur des braises qui lui réchauffent le coeur. Je ne dis pas qu’il est lui-même anti-musulman d’ailleurs, il est bien trop politique pour savoir compter sur la communauté musulmane en termes d’électorat. Il est un excellent manipulateur et joue sur les confusions.
C’est aussi pour ça que j’ai eu envie de souligner le contresens dans votre commentaire.
À mon sens, il ne s’agit pas seulement de manque de discrétion et de violation du principe de neutralité.
La présence active de personnes telle Emmanuelle Mignon dans le premier cercle de N. Sarkozy me rend suspicieux. À tort, j’espère.
@See Mee : Pas sûr que ma contribution soit aussi intéressante que la tienne, mais je l’ai commise
@Gee Mee, Bernadette Chirac et son mari allaient à la messe assiduement et je vois le discours de Latran plus comme l’ hommage/éloge diplomatique que l’on accorde au pays qui vous invite qu’une conviction de dévot.
en ce qui concerne les subventions aux écoles privées, ce n’est pas nouveau, les gouvernements de droite ont toujours aimé subventionner les écoles privées. dans les années 80 les écoles dites “libres” ont longuement manifesté contre le gouvernement de gauche qui voulaient sucrer les-dites subventions.
enfin, dans nos pays voisins, dont certains n’ont pas la séparation entre l’Eglise et l’Etat, où hôpitaux et écoles par exemples sont gérés en partie par les impôts “religieux” (non obligatoires si vous vous déclarez athés) je n’ai pas l’impression que ce soit les religieux qui dirigent le pays ou qui aient une influence prédominante dans la gestion du pays, et il y a le même nombre de non-pratiquants qu’ailleurs. l’Alsace a un régime similaire à l’Allemagne (catéchisme à l’école par exemple) et cela fait râler dans le reste de la France mais essentiellement cela ne crée aucun problème. le temps où les religieux règnent en Europe est bien révolu et c’est très bien ainsi, en ce qui me concerne.
@Columbine et Otir,
L’intérêt de vos commentaires réduit considérablement celui de ma note à paraître, je vais devoir sérieusement remettre l’ouvrage sur le métier.
Je pense que nous sommes d’accord sur l’essentiel, et les nuances que je pourrais bientôt exprimer ne sauraient être plus importantes que ce qui nous rassemble.
Cela étant, je perçois (je ressens ?), une infiltration régulière du politique par le religieux, à l’initiative des clercs de tous bords, comme des politiciens.
Pour alimenter nos réflexions respectives :
http://www.laicite-republique.org/spip.php?article257
Bon, chers amis, je suis ravie !
Très contente d’avoir produit quelque chose(qui était, je le rappelle, une entorse à ma ligne éditoriale) qui suscite un débat si intéressant. Je vois que vos propos ne sont pas si éloignés les uns des autres, mais avec des sujets de ce type je préfère les nuances que vous y mettez plutôt que les jugements (voire la haine) à l’emporte-pièce que j’ai pu voir par ailleurs (et je précise que ce n’était pas chez Nicolas).
Continuez, continuez… et ne m’en veuillez pas si j’interviens peu. D’une vous n’avez pas besoin de moi et de deux je suis victime d’une rhino qui obscurcit ma capacité de réflexion.
Je me permets une réponse en passant, le sujet m’intéresse. C’est vrai que les religions ont eu une mission civilisatrice, mais je dirais plus qu’elles avaient une mission de modelage à leur idéal de civilisation. Les principes de mariage, le concept de famille, la fidélité à son roi, puis à son pays, tout cela est finalement subjectif. Les religions servent avant tout à unir autour d’une identité, d’un portrait collectif de la Nation.
Je suis musulmane de par mon éducation, et je me suis longtemps posé la question de l’origine de ma croyance. Elle est complètement le fait du hasard de ma naissance, avant de devenir un choix réfléchi (du moins je l’espère), mais je suis lucide: la religion, quelle qu’elle soit, a pour objectif de peser sur la société et d’imposer un modèle qu’elle croit le bon.
La religion c’est prosélyte par nature, vouloir la garder dans la sphère du privé est un leurre: l’ État républicain doit justement garder cela à l’esprit et la laïcité c’est juste indispensable.
@Océane : bienvenue chère amie (les amis de mes amis sont mes amis) !
Tu montres que l’on peut avoir la foi sans souscrire à tous les dogmes, j’apprécie.
Pourquoi personne ne répond à mes commentaires hein :/
Vivement le retour aux sacrifices sur l’autel sacré au sommet du temple de la Lune. Z’allez voie, ce que vous z’allez voir
@Ferocias :
“La fonction civilisatrice du sacrifice par cardiectomie chez les Aztèques est indéniable.”
Tiens, et si tu mettais un lien pour nous faire comprendre ?
Ou alors, si tu as envie de publier sur la question de cette chaîne, je te tague !
See Mee : je te présente Ferocias, seul être humain normal à tenir un blog à propos des civilisations pré-colombiennes. Ceci explique cela !
))
C’est à visiter !
[“être humain normal”, je ne suis pas sûr que ça s’applique aux blogueurs en fait !
) °
@Monsieur Poireau : mais je connais Férocias depuis un petit moment, du temps où je bloguais sur Haut et Fort. J’avais apprécié ses interventions sur le blog de la plate-forme. Parfois je vais sur son blog pour voir s’il a fait un billet sur la SF.
@ Monsieur Poireau: à propos des fictions mettant en scène des peuples précolombiens parce que les peuples précolombiens par eux-mêmes hein, ils ont beaucoup perdus de leur superbe. Et puis dans les fictions au moins, ils n’ont pas renoncé à leurs traditions si raffinées
@ See Mee : j’ai fait un billet sur le meilleur livre de SF de la semaine que j’ai lu moi tout seul comme un grand
:
http://lespeuplesdusoleil.hautetfort.com/archive/2009/12/09/arnauld-pontier-sur-mars-recit-de-voyage.html
@Ferocias : Merci pour le conseil de lecture. Bon, je lis tellement que je donne la priorité aux livres de poches, mais une fois de temps en temps…
Cela me fait penser que l’on pourrait traiter le sujet de “la religion dans l’espace public”, sous l’angle de la SF, tiens. C’est un sujet assez récurrent dans ce genre. Tu serais partant ?
Je prends tout-de-suite le coucou et le tag. Je prendrais un peu plus tard le temps de relever le défi : y’a du taf, tu as mis la barre haut. Mais peut-on le mettre basse sur un sujet comme celui-là ? A bientôt…
@Oh! Tu me flattes… C’est marrant, Gee Mee a dit la même chose. Pourtant je suis certaine que tous deux vous saurez vous trouver un angle d’attaque original.
Et puis, si j’ai pensé à toi, c’est parce que je sais que tu portes un regard particulièrement sensible et riche sur la question des différences, qu’elles soient religieuses, culturelles, ou autres.
Je profite d’un détour par chez Otir pour vous signaler le billet qu’elle a écrit quelques temps avant cette chaîne, sur l’éducation à la diversité :
http://otir.net/dotclear/index.php/post/2009/11/12/Education-à-la-diversité
Son raisonnement entre tout à fait en résonance avec ce que j’essayais de prôner en concluant mon billet sur l’éducation, voyez plutôt avec cet extrait :
“Il y a un mythe très fort qui consiste à croire qu’on serait indemne de tout préjugé. C’est impossible humainement parlant. Mais l’important est d’être à même d’identifier un préjugé, de le reconnaître pour ne pas se laisser enfermer par lui. Cela permet de réduire drastiquement le niveau d’ignorance et de peur inconsciente de mettre ce phénomène à jour”.