Mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec les Kikoolols ?

 

KikooLOL

 

Mince alors, il paraît que les kikoolol ont débarqué sur Twitter pendant que j’avais le dos tourné ! Une vraie invasion ! Et le pire c’est qu’on nous avait prévenu

Mais je dois pas suivre les "bonnes" personnes : depuis une semaine que je fréquente à nouveau Twitter, aucun message crypté à la kikoolol n’a fait son apparition sur ma TL. Ouf, aucun de mes following ne s’est "kikoolisé" en cours de route !

Il faut croire qu’ils sont allés les chercher, ceux qui se plaignent de l’invasion… Mais tout de même, le phénomène m’intrigue.

Pas tant le phénomène des kikoolols, d’ailleurs, que celui qui consiste à les prendre pour cible.

— C’est la guerre !

"Comment j’ai pu en arriver là… Je suis barricadé derrière ma timeline.. ou ce qu’il en reste" se demande, navré Stéphane* / @Kaléïdoscopique, dans un billet bien salé comme il en a le secret : la révolte des Kikoolols sur Twitter. C’est bien tourné, je rigole avec les autres…

Pour mieux cerner l’ennemi, il produit une liste Twitter, certifiée par lui-même : les-pires-kikoolos-fr. Leur signe de ralliement ? Etre fan (j’ai envie de mettre un E car ce sont essentiellement des filles) d’un certain Justin Bieber, jeune homme dont j’ignore tout (ce qui me classe automatiquement hors de cette caste, ouf).

Les jeunes filles en question ne se sont pas démontées : étonnement puis révolte, blocage du compte de Stéphane, déclaration comme spam, et commentaires sur son billet. Où elles ne manquent pas de défendre leur bout de gras :

Merci de la part de toutes les filles de la liste, c’est un honneur d’avoir un article rien que pour nous ! Même s’il nous critique :) . (…) Euh, on a pas toutes entre 15 et 20 il y en des plus jeunes et je pense qu’on est plus mature que toi, alors que tu as 18 ans. On est fans de Miley Cyrus, Justin Bieber et/ou des Jonas Brothers, et alors qu’es sa peut te fo*tre ?! C’est ta vie ? Nooon ! Alors f*rme ta g*e*le et viens plus nous faire ch*er avec ta liste a deux balles !Et merci à ceux qui nous ont donné l’idée de le signaler comme spam :) .
Byyyyyye !

Tiens, c’est vulgaire, mais dans le fond, n’a-t-elle pas un peu raison ? Mais poursuivons…

— Un langage insoutenable ?

A quoi reconnaît-on un kikoolol ? Au langage crypté de cette thumb generation, la "génération du pouce" (voir à ce propos cet article sur Bladi.net) qui s’adonne à la pratique intensive du SMS, ainsi qu’à celle du tchat type MSN.

Un langage configuré par l’outil texto, où la recherche d’efficacité prime sur le respect des règles traditionnelles de la langue. Un langage né d’un entre-soi, au sein de relations où la spontanéité et la récurrence du lien comptent bien plus que le message.

Alors, c’est vrai que cela arrache les yeux de voir systématiquement écrit "sa" pour "ça" (une faute récurrente qui me hérisse). C’est vrai que c’est exaspérant de voir les signes de l’alphabet composés sur un mode cabalistique, et ces smileys et abréviations répétées à tout bout de champ. Mais notre attachement à la langue de Molière est-il la seule et vraie raison de notre agacement ?

Rappelons-nous notre jeunesse ! N’avons-nous pas nous aussi adopté un vocabulaire qui faisaient grincer des dents à nos vieux ? Qui eux-même, en leur temps…

Prenez par exemple la manifestation de l’enthousiasme : le "c’est chouette" et le "c’est bath" (XIXè siècle, tout de même !) ont été supplantés par le "génial" et le "great" de ma génération, pour virer en superlatifs de plus en plus "énooormes", voire "carrrément" insupportables dès qu’on a passé la tranche d’âge, ou que l’on est sorti du milieu qui le pratique. Mon fils, 9 ans, dit "c’est trop cool" ou alors "c’est big", mais je ne sais ce qui se dit actuellement chez les ados.

Ces effets de langage, parce qu’ils se manifestent à l’écrit, détruiraient-ils davantage la langue française ? Il semblerait que même les kikoolols sont capables de relativiser cet usage :

PS: « On écri/parl pa kom sa ns « . On écrit en FRANCAIS, en essayant de ne pas faire de fautes d’ortographe, seulement on a pas encore finis les cours puis les fautes tout le monde en fait !

Y’a de l’espoir ! Espérons que l’école poursuive son œuvre assez longtemps pour les aider à franchir le cap.

— Une lutte de génération ?

Stéphane se délecte à nous faire le rapport moqueur d’un échange entre kikoolols sur Twitter… Mais quoi, il a oublié, Stéphane, qu’il avait pu être con lui aussi à cet âge-là ? Qu’il avait été fan de Simple Plan (là non plus, je connais pas, mais c’est lui qui le dit) ? Un de ses commentateurs ne manque pas de le lui faire remarquer :

Après sans prendre leur défense, c’était la même pour nous Stéphane, je sais pas si tu étais fan des 2B3 ou encore les autres boyz band mais bon ça a toujours était ça.

Avez-vous noté que ceux qui se moquent avec le plus de virulence ont moins de 30 ans, et pour certains sortent juste de cet âge ingrat qu’est l’adolescence ?

Rire des kikoolol n’est-il pas une manière pour eux de tenir à distance ce qu’ils furent il y a peu ? De marquer leur passage de l’autre côté de la barrière de l’enfance, et d’affirmer qu’ils ont définitivement acquis de la maturité ?

Oui mais alors, pourquoi cette résurgence de moquerie de cour de récré, tendant une perche au "c’est çuikidi ki y est !" ?

Il y a fort à parier que dans quelques années, les kikoolols les laisseront complètement indifférents. Après tout, combien de personnes ayant passé la trentaine s’y intéressent-ils, sauf à ce que cela concerne leurs propres gamins ?

Personnellement, je n’ai eu connaissance de cette appellation que parce que j’en ai entendu parler par d’autres (difficile de passer à côté, tant le sujet passionne), et n’ai jamais croisé la production d’un kikoolol sans l’avoir recherchée. Mais à aucun moment, je ne me suis sentie concernée ou parasitée par les agissements de ces jeunes. Trop vieille, hélas ?

Mais on me murmure dans l’oreillette que je fais de la psycho à deux balles, et qu’en fait le motif est "qualitatif"… Soit, poursuivons.

— Une médiocrité contre laquelle lutter ?

Reprenons notre commentateur de tout à l’heure :

En fait c’est pas réellement le fait que vous aimez les Jonas Brothers ou Justin Beber mais le fait que vous êtes sur Twitter qui à la base est pour les entreprises et tous les trucs high tech et compagnie. Bien sur qu’il faut de tout mais c’est juste que c’est pas super de voir un bon service gaché.

Ah, nous y voilà ! Les Kikoolols n’ont rien à faire sur Twitter ! Ils vont gâcher l’outil, pervertir le service, conduire Twitter à s’adapter à ces nouveaux utilisateurs… Stéphane, lui-même, nous avait prévenu que la traduction de Twitter en français amènerait un autre public et que nous risquerions (et lui aussi ?) de succomber au "complexe de supériorité".

Au-delà des kikoolols, c’est un vieux débat qui ressurgit, et qui date peut-être du temps où les nerds ont vu débarquer la populace sur les plateformes qu’ils s’étaient forgés pour eux-mêmes. Une logique de propriétaires, en fait, qui casse la baraque aux belles utopies de partage et de démocratisation dont on aimerait parer l’Internet. Mais je m’égare…

Il semblerait que ce qui chatouille le plus nos pourfendeurs de Kikoolols soit moins le langage en soi que ce qu’il représente : mode d’expression privilégié par une jeunesse caractérisée par l’exhibitionnisme, le narcissisme, et une très grande vacuité.

Dans ce sens, les kikoolols donneraient une mauvaise image de la jeunesse et de l’humain en général. Par définition, un kikoolol ne sait pas qu’il en est un ! S’en moquer permettrait alors de désigner les mauvaises pratiques, et de tirer vers le haut ceux qui seront capables d’en réchapper en se mettant enfin à "utiliser leur cerveau".

Une manière un peu brutale de faire de la pédagogie, non ?

A voir :

> Les billets de Stéphane : la révolte des Kikoolols sur Twitter, partie 1, partie 2

> Une leçon d’écriture kikoolol : Kikoolol le phénomène décrypté

Le G.E.E.K. : Groupe d’Etude Ethnologique sur les Kikoolols | Facebook

> Le kikoololisateur de blog (ne fonctionne que de 10h à 22h)

*Je précise que, bien que j’aie fait ce focus sur les écrits de Stéphane à ce sujet, je l’apprécie pour tout un tas de raisons. Une d’entre elles est que ses billets sont très revigorants, et que c’est justement parce que je me surprends à me moquer avec lui que j’ai envie de prendre du recul sur l’aspect séduisant du dénigrement. Une autre raison est que ce p’tit gars ne fait pas que se lâcher dans Mange ta main, mais s’emploie aussi à faire en sorte que nous soyons un peu plus communicatifs les uns avec les autres. Voir à ce propos : Et si on parlait… ailleurs que sur les réseaux sociaux ? [interview]

Illustration : auteur non identifié.

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15 réponses à Mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec les Kikoolols ?

  1. Simon dit :

    Moi la faute récurrente qui me hérisse c’est "et" pour "est" … mais le reste est à l’avenant …

  2. See Mee dit :

    @Simon : ok mais sur le fond, tu penses quoi de cette histoire de kikoolol ?

  3. Memento dit :

    Je me rappelle ma jeunesse, mais je ne faisais pas particulièrement grincer des dents à mes vieux. Oh je n’étais sans doute pas un enfant modèle, mais je n’y ai jamais vu un idéal.

    Pour tout dire, le seul idéal que j’aie jamais percu, c’est d’être curieux. Ca ne fait pas de moi un saint, mais si je m’aventure à la critique, gratuite ou formulée, c’est que j’ai pris le temps d’y songer, et bien souvent que l’idée avait fait son chemin. Du coup, en ce qui concerne les kikoolol en général, je ne saurais quoi dire, vu que ce n’est pas très concret (à l’image des "geeks) ; en ce qui concerne les fans de Bieber en particulier ou les amoureux de la langue francaise, je n’ai jamais rencontré les premiers d’entre-eux et j’évite assidument les seconds.

    Je pense toutefois qu’il y a une différence entre s’accaparer une "joute verbale" et un certain type de vocabulaire, et déstructurer les mots. Dans ce dernier cas, il est aussi question d’habitude : il fallait bien qu’il y ait une raison de parler court et concrètement. Aussi, l’intérêt de faire autrement a peut-être peu à peu disparu. "Que gagnerais-je à devoir faire attention, à corriger la moindre faute ?" "Tout le monde en fait". Il faut avoir une raison, ou la trouver, mais la soumettre à des jeunes gens qui par réflexe ont déjà tendance à réfuter tout le reste est souvent peine perdue. (J’ai la sensation d’écrire comme quelqu’un de terriblement plus agé parfois.) J’ai mes raisons pour écrire comme je le fais, et je n’essaierai pas de convaincre outre-mesure (ça s’arrêtera à la courtoisie d’une unique demande) quelqu’un qui écrit mal qu’il est surtout question de l’intérêt des autres, le heurt n’existant que lorsque quelqu’un qui écrit mal parle à quelqu’un qui écrit normalement.

    Plus que se moquer, aller chercher la moquerie, aller à la rencontre de ce qui suscite l’aversion ressemble à une mise en scène assez immature visant à prouver qu’on est mature, ou qu’on est opposé, avant et donc mieux, comme entendu et résumé par ta conclusion.
    Je n’ai pas de "kikoolol" dans ma TL, que je trie à outrance. J’ai des objectifs clairs concernant mon compte Twitter, des centres d’intérêts déterminés. Je recherche avant tout des personnes qui ont les mêmes centres d’intérêts, mais je n’exclue jamais la possibilité de m’abonner à une personne simplement intéressante ou sympathique, qui parle d’autre chose mais qui le fait bien. J’ai parfois déjà du mal à "supporter" les excès de zèle de ma timeline (concours, spam, geek-attitude, RT de personnes qui me sont antipathiques).

    • See Mee dit :

      @Mement0 : "Aussi, l’intérêt de faire autrement a peut-être peu à peu disparu. « Que gagnerais-je à devoir faire attention, à corriger la moindre faute ? » « Tout le monde en fait ». J’ai fait des recherches pour retrouver des études sur le jeunesse dont j’avais eu connaissance, qui montraient que la pratique du SMS était comme la maîtrise d’une langue en plus, développant de nouvelles compétences. Il faudrait avoir plus de recul pour savoir si c’est vraiment au dépend d’une maîtrise du français à plus long terme.
      On peut aussi supposer que ceux qui n’ont pas de disposition particulière pour cela ou ne font pas l’effort de s’adapter à d’autres situations de communication resteront sur le bas-côté, tandis que les autres muriront et passeront à autre chose !

  4. Stéphane dit :

    Helloooo !

    Ton article est excellent, mais ne place pas suffisamment les choses dans leur contexte, à mon goût.

    L’invasion des kikoolols sur les réseaux sociaux "à tendance geek" date depuis…. toujours. Depuis la démocratisation de l’IRC, les kikoolols étaient considérés comme un gentil fléau. Gentil, parce que personne ne leur veut de mal. Au contraire, ils font rire.
    Sur l’IRC, les kikoo ont toujours animés les channels, et continuent à les animer. Combien de quotes sur BASHFR leurs doit-on ! Ces kikoolols là avaient tendance à être des lamerz, c’est à dire des hackers de 12 ans sans connaissance ni talent.

    Le profil du kikoolol sur Twitter, c’est l’adolescente de 12 ans, fan de Justin Bieber et qui écrit kom sa.

    C’est peut-être déplacé pour vous, les adultes, de critiquer des jeunots de 12 à 14 ans. Mais quand on commence tout juste à sortir de l’adolescence vers les 18 ans, ces jeunots là nous concernent vachement. C’était nous y’a 4 ans. Du coup, on se moque. Pas par méchanceté, ni par communautarisme malsain mais simplement parce que se moquer c’est drôle et que ces nanas feront pareil quand elles auront notre âge.

    Si vous trouvez que de se moquer sans méchanceté c’est pas drôle, ben j’y peux pas grand chose. C’est comme ça. Quand je serai grand, j’aurai certainement plus l’occasion de pouvoir me moquer de cette façon, alors j’en profite ! Bien sûr que c’est une question de maturité Memento, la question ne se pose même pas.

    Enfin, pour revenir à Twitter même : l’invasion des kikoolols n’est qu’une métaphore. En suivant qui on veut, on n’est pas embêté. Les TT sur Justine Bieber sont à peu près les seuls dommages collatéraux qui nous ont parvenus, c’est pour dire.

    • See Mee dit :

      @Stéphane : Hey, contente que tu réagisses !
      C’est bien ce que j’essayais de cerner : pourquoi cela amusait tant les jeunes "plus vieux". Mais cela dit, j’ai fait mes observations en acceptant aussi bien les kikoolols que ceux qui se gaussent d’eux, car après tout ce sont des phénomènes tout à fait légitimes d’un côté comme de l’autre. Pour les uns, le besoin de se conformer aux usages et jugements du groupe (être accepté, très important à l’adolescence), pour ceux qui ont passé le cap, le besoin de marquer leur prise d’autonomie (un cran plus haut dans l’échelle de Maslow : s’affirmer, être estimé).

      Ayons de l’indulgence pour les moqueurs ! Le rire rassemble, soude le groupe en développant un sentiment d’appartenance, et, dans le cas de la moquerie, pointe un caractère stéréotypé afin de clairement désigner la frontière entre ce que l’on considère avoir de la valeur et… "les autres". Dans le cas des kikoolols, c’est de surcroît (il me semble) le caractère mécanique et conventionnel de leur mode de communication qui est dénoncé, une manière d’inviter à penser par soi-même, à exercer son libre arbitre.

  5. M1 dit :

    Déjà qu’il faut lutter au quotidien avec les blogueuses mode de base qui inventent des verbes comme Sarko …

    • See Mee dit :

      @M1 : "qui inventent des verbes comme Sarko" Ne m’intéressant pas plus aux modeuses qu’aux kikoolols, j’ai du mal à comprendre à quoi tu fais référence ! ;-)

  6. Laurent dit :

    Je ne sais que penser. Je crois que je préférais quand je n’étais pas au courant du kikoolol. Je ne te dis pas merci (même si la lecture de ton billet était… instructive) et je te bise de mon Périgord kikoulolisé.

  7. Dugomo dit :

    Stéphane a raison : on se moque, sans méchanceté, et personne ne leur veut de mal. Des gamins, ça reste des gamins. Et ils ont tout le temps d’évoluer, c’est tout cz qu’on leur souhaite.

    Mais n’oublions pas une chose : le kikoulol a un sacré pouvoir d’achat ! Et très peu de recul pour juger du bien-fondé de ses actes de consommation.
    Je connais donc des gens très cultivés qui, pour communiquer avec les kikoulols, font exprès des fautes d’orthographe, rédigent en langage SMS, afin de leur vendre des trucs parfaitement inutiles, mais à la mode !

    • See Mee dit :

      @Dugomo : C’est clair, pour vendre quelque chose à quelqu’un, employons un langage qu’il comprend ! Mais pousser cela à l’extrême, tu as raison, c’est minable.

  8. sexyprout dit :

    Twittos, twittas, twami, twamour, twunch, twapéro, etc.
    Qui sont les kikoos ?

    • Stéphane dit :

      Je suis amoureux de toi.

      Quand on voit des trentenaires pétasses qui prennent leurs seins ou leurs culs en photo puis qui viennent parler de "kikoolol" et sont révoltées par les dédipixx… on a envie de leur enfoncer des clous dans les yeux.

      Je trouve ces pauvres filles et les blaireaux en admiration devant elles bien plus pitoyables que des gentilles kikoolol de 12 ans.

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