Retour sur le passage de Philippe Poutou (candidat NPA) à "On est pas couché".
J’avais pour une fois décidé de regarder cette émission, justement pour faire connaissance avec ce candidat.
Autant vous le dire tout de suite : j’ai été écœurée de l’assaut de paternalisme et moqueries qu’il a subit, mal à l’aise de voir un "petit candidat" traité avec si peu de considération.
Et il va sans dire que cette émission ne m’a en rien éclairée sur le projet politique du NPA, mais qui s’en soucie, hein ? On vit en démocratie, tout baigne.
— Le rôle du neuneu qui débarque
Au premier abord Philippe Poutou ne semble pas avoir la stature d’un présidentiable : le look banal, la posture tout sauf imposante, le regard gêné, la parole peu affirmée, on pourrait dire qu’il a grandement participé à donner de lui une image d’incompétence. Mais traité dès le départ avec condescendance par l’animateur, tourné en dérision par l’abus de jeux puérils sur son nom, recevant les leçons paternalistes de Michel Onfray, comment aurait-il pu en être autrement ?
Même en tenant compte du fait que ONPC se veut une émission de divertissement, je n’imagine pas pareille attitude avec un candidat jugé "sérieux". Par un insidieux jeu de rôle, il s’est trouvé (laissé ?) enfermé dans celui du neuneu qui débarque. Acrimed revient avec justesse sur cette mise en scène qui laissait très peu de marge de manœuvre à un candidat ayant un profil tel que le sien (voir aussi le montage vidéo réalisé par Arrêt sur Images, c’est frappant).
Tout concourrait à faire de ce passage TV un Dîner de cons avec Poutou dans le rôle-titre, comme si porter sa candidature à la présidentielle n’avait rien de légitime.
— Y aller armé ou pas ?
Pour une personne ne maîtrisant pas les codes du jeu médiatique, difficile d’échapper à ce jeu de rôle. Tout au long de cette séquence, je n’ai rêvé que d’une chose : que Poutou envoie chier ses interlocuteurs. Mais quelle que soit sa manière de gérer cette mise en situation d’infériorité, tout attitude pour s’y soustraire risquait de le faire choir dans un autre travers (pire ?). Mélenchon, par exemple, est un animal politique suffisamment combatif pour endosser le costume du contestataire à qui on ne la fait pas… ce qui revient à s’enfermer (avec acharnement ?) lui aussi dans un rôle qui le désert.
Pourtant, tout candidat a besoin d’occuper l’espace pour faire connaître les idées qu’il porte. Il est donc contraint de se plier aux règles du cirque médiatique… qui ne le loupera, à pas la moindre maladresse. Que celle-ci soit bénigne ne changera rien aux proportions que cela prendra, pourvu que cela amuse ou offusque la galerie.
Alors certes, qui prétend accéder à la présidentielle doit bien savoir à quoi s’attendre. On ne peut pénétrer l’arène médiatique sans être un minimum armé, et blindé. Poutou y est allé nu, sans doute au nom des gens ordinaires qu’il entend représenter. Pas si neuneu que cela, il a tiré les conclusions de ce que s’y est joué :
Je suis inexpérimenté, un novice et c’est logiquement, malheureusement, que je n’ai pas réussi à "rivaliser", à "faire le poids" dans cette confrontation. Je le regrette mais sans plus. Je dois apprendre, je dois trouver une place. Cela devrait venir petit à petit.
Philippe Poutou sur sa page Facebook, relevé par Acrimed
A ce titre, il aura selon un certain point de vue au moins gagné sur un plan : montrer par contraste la morgue des puissants.
— Filtre médiatique
Bien sûr nous sommes en droit d’attendre des journalistes qu’il poussent les hommes politiques dans leurs retranchements, qu’ils débusquent la mauvaise foi et les contradictions pour révéler les informations qui dérangent ou les postures manipulatrices. Se refuser à "servir la soupe" à la communication officielle, ou analyser les stratégies sous-jascentes, très bien.
Ok pour le reconnaître : nous avons bien besoin du filtre des "médiateurs" pour décrypter le discours politique.
Sauf que sous couvert de nobles missions, l’agressivité et le dénigrement sont érigées en vertu primordiales du jeu médiatico-politique. Dans une relation de politique-spectacle où le débat et le respect n’ont plus leur place, les tensions et les malentendus deviennent eux-même des sujets d’actualité (cf. à propos du tweet-clash Quatremer / Montebourg), aux dépends de la réflexion sur le fond…
Ce n’est plus un filtre, c’est un écran de fumée ! Il faut être très motivé pour ne pas se laisser gagner par le voyeurisme et faire le tri dans toute cette information anecdotique.
— Parasitage démocratique
Pour en revenir à Philippe Poutou, ce qui me chagrine (hors de toute considération politique, puisque je ne suis pas un soutien du NPA), c’est l’idéologie élitiste qui transpire de ce genre d’expérience, bien loin de nos idéaux démocratiques.
Nous vivons une époque où les médias et technologies permettent avec la plus grande facilité de relier les gens entre eux. Matériellement, il est possible pour un inconnu de se faire connaître auprès de chacun d’entre nous. Théoriquement, n’importe quel citoyen remplissant les conditions d’âge peut prétendre à des fonctions électives. Et pourtant, il semble complètement improbable qu’un représentant du peuple émerge de la masse pour porter un discours politique qui n’aurait pas été validé par les médias.
Parfois le filtrage nécessaire des médias semble se convertir en parasitage, masquant les faibles et nivelant le pluralisme, semant le doute et propageant la polémique, bâillonnant les propos séditieux et anesthésiant tout esprit critique.
Pourtant, en ces temps de crise, notre fragile démocratie peut-elle se passer de citoyens justement informés et capable d’un jugement éclairé ?
> Pour aller plus loin :
Dossier "Les censures médiatiques" sur Psychologie-sociale.com, qui présente les réflexions de Pierre Bourdieu sur La Télévision



Une "idéologie élitiste", oui, et un mépris triomphant. Mépris de classe, mépris des petits, mépris des ouvriers. Je n’ai regardé qu’une partie de cette émission sur internet et j’ai cessé par écœurement.
J’y ai trouvé aussi une veulerie débectante. Rire 312 fois de son nom, c’est petit petit pour des professionnels du rire.
Je ne voterai pas Poutou, le NPA n’est pas ma tasse de thé mais on peut respecter la personne et lui laisser exprimer ses idées.
@Un partageux : Nous lisons ce mépris à partir de leurs postures et ces effets de répétition, mais je ne suis pas certaine qu’ils aient seulement conscience de cette violence symbolique. C’est peut-être le pire constat finalement : notre société ne parvient pas à mûrir, à trouver l’équilibre sur le plan relationnel.
Et bienvenue ici
Mélenchon n’est pas que contestataire : c’est un ancien ministre et un ancien sénateur, député européen, avec un programme, un parcours logique et une volonté. Ce type qui dit mollement les mêmes choses que le front de gauche avec son discours, a juste discrédité ce qui se trouve sur l’aile de gauche du PS, le nouveau grand parti centriste de ce pays … il contribue à alimenter les gausseries des résignés ou de la droite. J’ajouterai enfin, pour signer mon désaccord, qu’on peut être "un représentant du peuple" sans en être issu ou en porter les attributs. Le peuple ce sont les gens, ils sont nobles et cherchent à s’élever : ce n’est pas un troupeau de dingues que l’on doit essayer d’amadouer avec des fadaises sur la rigueur.
@Simon : Désolée, mais je ne comprends pas une partie de ton propos. De qui parles-tu quand tu dis "Ce type qui dit mollement les mêmes choses que le front de gauche" ? Avec quoi au juste es-tu en désaccord ?
Sinon, d’accord avec ta conclusion.