J’ai beau avoir presque toujours (le seul écart se situant en 2002…) voté socialiste à toutes les élections, je ne peux pas dire que c’était avec la plus grande conviction.
Simplement, au moment du choix, je ne me posais pas trop de questions. Les écolos ? Pas assez larges dans leur projet politique. Et plus à gauche ? Trop contestataires, trop peu réalistes dans leurs propositions. Donc je votais PS sans état d’âme, ni hésitation, ni passion.
Pourtant, depuis la primaire, il s’est passé quelque chose, un début de révolution culturelle, au moins pour moi qui fus désabusée de la politique.
— Quand la politique ne convainc guère
Entre mes 15 ans et mes 31 ans, sur 15 ans, j’ai vécu 9 ans de cohabitation ! Je suis persuadée que cela a joué sur ma perception de la politique. Oui, je l’avoue, il m’est arrivé de me dire que finalement il n’y avait pas grande différence entre ce que faisaient la gauche et la droite. Que chacun gouvernait selon sa coloration politique, dont l’une me convenaient plus, mais qu’au final les écarts n’étaient pas si grands que cela dans la manière de gérer le pays.
J’étais comme beaucoup lasse des querelles médiatiques fort éloignées des préoccupations des "vrais gens". J’étais effarée de voir monter le vote FN sans que la gauche montre qu’elle en avait fait l’analyse et propose des solutions qui y remédient. J’étais désabusée que l’on nous serve toujours in fine une politique sans ambition, sans valeurs fortes pour nous tirer vers le haut. Même Ségolène Royal, en 2007, ne m’avait que relativement convaincue.
— L’électrochoc Montebourg
Pourtant, cette année, avec l’organisation de la "primaire citoyenne", j’ai eu du plaisir à découvrir autre chose que le combat droite / gauche classique. J’en profite pour dire ma reconnaissance aux artisans de cette primaire, pour avoir ouvert le débat sur le projet du PS, pour avoir donné à tous ceux qui le souhaitaient la capacité d’agir sur le choix du candidat.
Dans ce contexte propice, et grâce à la médiatisation, les propositions d’Arnaud Montebourg ont vraiment provoqué chez moi une prise de conscience politique. Le soir du premier débat télévisé, j’ai été scotchée devant mon écran. J’étais soufflée d’entendre un socialiste refuser enfin la fatalité de TINA ("There is no alternative"), proposer de prendre à bras le corps les deux facteurs-clé du marasme : l’économie néo-libérale et le fonctionnement de nos institutions.
Suite à cela, je me suis gavée d’articles et de vidéos sur l’économie, j’ai parcouru des pages et des pages de discussions, je me suis mise à acheter des bouquins politiques. Je me suis posée des questions qui ne m’avaient jamais effleuré l’esprit, j’ai pris goût au débat contradictoire, j’ai petit à petit affirmé mes opinions.
— Le choix de Hollande, finalement
Le "troisième homme" a manqué de temps pour avoir une chance de gagner la primaire, mais son analyse et ses propositions se sont fait connaître, et – pour une partie d’entre elles – reconnaître par le candidat désigné. J’ai compris qu’en politique, il fallait être patient, et que pour mettre ses idées au pouvoir, il fallait savoir composer. J’ai aussi mesuré combien, dans le système politique et dans le contexte actuels, il était tout particulièrement de la responsabilité du principal parti de gauche de produire un changement significatif et bien orienté.
Après avoir voté blanc au second tour de la primaire, j’ai finalement décidé de voter pour François Hollande à la présidentielle (au passage, merci aux copains des Leftblogs, et en particulier à Romain de Variae, qui m’ont fait patienter jusqu’au Bourget !). Et je le ferai davantage en connaissance de cause que je ne le fis jamais pour un candidat PS.
Coralie Delaume, blogueuse au regard politique acéré, recherchait des témoignages d’électeurs "non militants" qui expliquent leur choix en faveur d’un candidat : sans être convaincue d’être l’exemple le plus probant, je lui ai proposé le mien ! C’est à lire sur l’Arène nue, et sur Marianne2.
— Ma révolution culturelle
Montebourg aime qualifier de "révolution culturelle" ce qu’il a initié lors de la primaire. Vous trouvez cela présomptueux ? Je peux vous garantir que c’est bien ce qui c’est passé pour moi !
Ses convictions m’ont donné l’envie d’aller de l’avant, de cesser de geindre sur ces dernières années de gouvernance, de prendre place, moi, la timide en politique, la jamais-sûre-d’être-assez-compétente-pour-argumenter-et-convaincre, dans le grand fatras du débat d’idées. Toutes ces personnes de son équipe, souvent bien plus jeunes et bien plus diplômées que moi, m’ont donné l’envie de rejoindre un mouvement politique, moi qui considérais les militants comme des personnes aux idées arrêtées avec lesquelles tout semblait figé. Le mandataire de mon département, maire socialiste engagé dans de nombreux combats, m’a accueillie à bras ouverts, m’a accordé sa confiance, et me voilà à faire le lien localement entre des participants aguerris à la politique.
— Faire bouger les lignes, chiche !
Une révolution culturelle, n’est-ce pas la somme des révolutions personnelles qui se produisent quand on est collectivement confronté à un besoin de changement ?
Je sais que certains d’entre vous attendent des bouleversements plus radicaux, tandis que d’autres identifient des obstacles qui ne sont pas dénués de fondements. Je sais que Montebourg n’est pas le seul à dire des choses intéressantes, et qu’il serait stupide de le placer sur la stèle de l’homme providentiel. Je sais que d’autres ont déjà essayé de faire bouger les lignes avec la même conviction, et que tout groupe humain, même avec de la bonne volonté, a tendance à reproduire les mêmes comportements contre-productifs. Je sais aussi que la révolution culturelle doit en premier lieu se faire là où elle semble très improbable, c’est-à-dire au sein du PS. Je sais qu’il y a une urgence avec la présidentielle à gagner, et qu’un projet de fond prendra du temps à inscrire sa marque. Mais j’ai envie de m’y engager maintenant, en cette période où la politique est si stimulante !
Cela s’appelle La Rose et le Réséda, ce n’est pas un nouveau parti politique, mais un mouvement d’idées contre le renoncement et pour l’union. Tout est à bâtir, c’est le moment où tout est possible, et c’est ouvert à tous ceux qui ont le cœur à gauche.



si j’osais, je dirais Whaou P… ça c’est du billet !
allez j’ose !
beau témoignage ma grande
Merci Lolo, c’est en tout cas écrit avec conviction
well well well… Tu as tes convictions et je les respecte, avant tout c’est très bien de se faire son esprit critique et de choisir en y mettant du siens.
Bon après on a pas les mêmes idées XD J’ai voté une fois PS, le programme était super alléchant, pour un monde nouveau et tout… Et après coup j’ai vraiment eu le sentiment de me faire pigeonner. Je te donne juste mon ressenti : j’ai vu dans les interventions à la TV and co, selon mon propre filtre perso, combien ils sont conservateurs, aussi politicard que bien d’autres, et fort timide dans leur volonté de changement.
L’exemple récent le plus frappant c’est l’accord Vert-PS, où Areva est venu mettre son grain de sel, pour qu’on ne touche pas à ses intérêts bien sûr. Preuve que c’est le lobbying qui décide notre monde, y compris à gauche.
Alors oui le programme du NPA est plutôt insatisfaisant parce que c’est contre, contre, contre… ce pourquoi à côté le programme PS m’avait parut si constructif. Mais parfois faut aussi décider de changer pour de bon, parce que l’évolution timide ça va 5 minutes, mais notre planète n’en a plus le temps, et bien des gens sont au delà de ça. Évidemment ça dépend de comment on voit les choses, parce que ce qui est utopiste à tes yeux est réaliste et indispensable aux miens. Je respecte le fait que comme d’autres gens, il te semble plus adapté d’y aller en douceur plutôt que de sauter le pas.
Quant aux Verts, ils ont la malchance d’avoir toujours été vu comme des hippies préférant la nature à l’homme et oubliant la société. C’est juste tout faux. Si l’écologie est au centre de leur préoccupation, ils ont une vision globale très simple de respect et d’échanges, aussi bien entre les homme qu’avec la nature. Et ça se répercute dans tout. Si on cesse de se considérer supérieur à la nature et qu’on se respecte, et la respecte, on peut vivre en bonne harmonie : on peut créer des villes durables, utiliser des énergies qui ne sont nocives pour personne, gérer une économie de partage des richesses etc.
Ce sont eux qui auront ma voix. Je pense qu’ils pourraient largement se faire plus entendre si les gens comprenaient que ce sont pas des illuminés et qu’il ne faut pas avoir peur du changement (à ce niveau là j’ai une petite -grosse ?- dent contre le PS et le "vote utile". Autant pas faire de premier tour).
Mais après il faut pas surévaluer non plus le rôle du gouvernement. Je pense qu’avant tout le changement se fait par le peuple, et qu’il ne faut rien attendre des politiques. Mais par contre, si on a un gouvernement qui représente un tant soit peu nos idéaux, plutôt que nous mettre des bâtons dans les roues (qu’on met des années à retirer), ben ça aide !
ça se voit bien actuellement, et partout dans le monde : les gens reviennent au bio et aux médecines douces, ils s’unissent dans des assos/des petitions/des révolutions pour qu’un monde meilleur se crée autour du partage et du respect (sans parler du bond de la culture et des réseaux internet).
@Lael : Je te remercie de ton témoignage. Chaque raisonnement se vaut, mais au final ce n’est peut-être pas la tête qui choisit !
Au-delà de nos quelques divergences dans la manière de peser notre vote, je te rejoins sur ceci : "avant tout le changement se fait par le peuple"… que je nuancerais ainsi : dans notre système représentatif, l’art des politiques est de jauger les espérances du peuple et d’y répondre par un projet, sincère ou non, qui les conduise au pouvoir.
Au peuple (c’est un peu général, tout de même comme dénomination, mais bon) d’adopter la stratégie qui portera au pouvoir ceux qui défendront au mieux ses intérêts. C’est là où le bât blesse, car le peuple est multiple, et ses attentes souvent divergentes, sans parler de ceux qui votent contre leurs propres intérêts (tu connais le mythe du larbin ?) ou contre ce que l’on pourrait appeler l’intérêt général.
Le changement se fait par le peuple, mais il ne se fera dans l’intérêt général que si le peuple est libre. Pour cela, je ne vois rien d’autre que ne jamais renoncer à encourager à décrypter l’information et le discours politique, à développer l’esprit critique, et à promouvoir tout ce qui amène à l’émancipation des esprits (dans la mesure où c’est possible, vu que nous baignons dans des représentations influencées par nos schémas culturels). Cela a un nom : l’éducation populaire, et c’est une chose difficile, mais c’est dans cette optique que je participe au mouvement Rose Réséda de Montebourg.